Santé de nos enfants ! – Aurons-nous des comptes à leur rendre ?

Par Manuel DO’O GOMES – psychopraticien FF2P

 

La richesse d’une nation réside dans une jeunesse éduquée, je rajouterai et en bonne santé. Aujourd’hui nous l’avons éduquée mais pèse une grave menace sur sa santé. Je m’interroge sur notre propre responsabilité pour les futures générations et leur santé. Un fléau qui touche nos enfants et adolescent(e)s.
Serons-nous capables d’entendre leur désespoir, leur indignation et leur colère lorsqu’ils seront adultes et en mauvaise santé ?
Sommes-nous si indifférents à ce phénomène de surpoids qui touche 13 % de nos jeunes ?
Sommes-nous si inconscients de laisser 4 % de notre jeunesse atteindre des chiffres record, d’obésité ?
Sommes-nous si aveugles pour ne pas voir le nombre grandissant d’enfants et d’adolescents touchés par ces deux phénomènes ?
Sommes-nous si sourds aux cris de désespoir de ces adolescentes touchées par une anorexie mentale, et de surcroit de plus en plus jeune parfois dès 9 ans ?
Sommes-nous si malentendants à l’appel de détresse de ces familles ayant perdu un enfant ou adolescent suite à un TCA ?
Sommes-nous si mal informés de la véritable hécatombe, qu’est la maladie de NASH (stéatose hépatique non alcoolique), communément appelée maladie du soda, ou du foie gras humain touchant 6 millions de français ?
Sommes-nous si impuissants devant ces multinationales aux profits indécents qui vantent à longueur de campagnes publicitaires, leur malbouffe et leur soda sucré tuant dans le monde 1 personne sur 5 ?
Sommes-nous si irresponsables de laisser notre jeunesse avoir une espérance de vie plus courte que la nôtre se rapprochant de celle du moyen âge ? Car un enfant en obésité à 6 ans, c’est entre 15 et 20 ans d’espérance de vie en moins, pour un adulte 10 ans de moins.

Voulons-nous observer impuissamment nos enfants et petits-enfants mourir non pas par famine mais par un excès de nourriture et de boisson de mauvaise qualité ?
Voulons-nous devenir comme les USA un pays dont la population compte 40 % d’adultes en obésité et 17 % d’enfants ?
Assurément et affirmativement non, non et non. Notre pays la France, cette chère France, cette douce France, qui est le berceau de la gastronomie, de l’art de la table, des bons produits de terroir, de la culture culinaire, des vins fins et de prestigieux alcools.

La patrie de Rabelais, d’Escoffier et de Ducasse, notre savoir-faire envié dans le monde entier, par son génie créatif culinaire. Dont nos chefs étoilés enchantent les tables les plus distinguées où vont s’asseoir les puissants de cette planète pour émerveillés leurs papilles.

Chacun à son niveau peut-il modestement et humblement décider de mener un combat contre ce fléau, de combattre cette plaie touchant nos enfants, nos adolescents et les adultes ?

Comment ? Par l’éducation, les informer que les publicités qui sont vantées à longueur de journée à la TV par les industriels de l’agroalimentaire sont en partie erronée. Les barres chocolatées avec cet argument fallacieux d’un grand verre de lait alors qu’ils contiennent plus de sucres et de matières grasses que du calcium. Idem pour les pâtes à tartiner, les hamburgers, produit gras et sucré, montrant non des enfants en surpoids ou obèse mais plein de vitalité dans leurs spots publicitaires.

En préparant des produits cuisinés, du fait maison et non des produits fabriqués par des industriels qui ne sont pas toujours responsables. De les éduquer au gout, à l’équilibre alimentaire. D’éviter d’acheter des produits déjà préparés contenant sucres, sels, pesticides et autres perturbateurs endocriniens.
De les remettre à faire des activités physiques et d’éviter de rester devant les écrans d’ordinateur. Il existe de nombreuses mesures pour leur éviter un véritable calvaire, qu’est l’obésité infantile avec tout son corollaire de souffrances physiques et psychologiques.

Aujourd’hui nous avons à faire face à une recrudescence de personnes en demande d’aide. Dans les différents centres de prise en charge de l’obésité, du surpoids, de diabétologie, des TCA, malheureusement de plus en plus jeunes.

Sommes-nous utopiques contre ce combat ? Notamment toutes ces puissantes multinationales de l’agro-business sans scrupules aux budgets faramineux pour vanter leurs produits à nos enfants ?

Avons-nous perdu déjà ce combat ? Eh bien nous ne nous résignons pas à cette situation du pot de fer contre le pot de terre. Nous sommes plutôt dans une démarche de David contre Goliath. Certes la lutte est inégale, nous ne sommes qu’une minuscule goutte d’eau faisant partie d’un océan.

D’autres hommes, voire femmes et en d’autres temps, ceux sont retrouvés dans la même situation que ce soit Ghandi, Martin Lutter King, Nelson Mandela, Simone Veil Irène Frachon. Ils et Elles ont réussi là où tous avaient pensé l’impossible, changeant à jamais le cours de l’histoire et améliorant la vie de millions de personnes.

Que dirons-nous à nos enfants et petits-enfants venant nous interroger sur ce que nous avons fait pour eux ?
Serons-nous capables d’affronter leur regard innocent en leur disant que je ne savais pas, que c’était de la responsabilité individuelle et non collective ?

En me défaussant sur ce fallacieux prétexte de la liberté individuelle et non collective, en nous déresponsabilisant, nous responsable d’associations, de fondations, mais également père, mère, grand-père, grand-mère, oncle, tante, cousins, cousines, frère et sœur.
C’est une obligation voire un devoir moral d’agir aujourd’hui avant qu’il ne soit trop tard et que la catastrophe ne soit irréversible.

Que pourrions-nous faire ?

1 Pérenniser les structures associatives existantes et en développer d’autres pour recevoir, aider, informer notre jeunesse, et les adultes touchés par ce fléau.

2 Augmenter le nombre d’interventions de prévention dans les établissements scolaires sur les programmes de prévention de l’obésité et du surpoids.

3 Contraindre les industriels à préparer des plats qui ne soient ni sucrés, ni trop salés, ni trop gras, sans pesticides ni perturbateurs endocriniens, sans exhausteur de goût. D’étiqueter les produits selon un code couleur, valider par des autorités indépendantes pour éviter les conflits d’intérêt.

4 Promouvoir une agriculture saine pour l’homme et l’environnement, de ne plus financer massivement une agriculture qui rend malade : les agriculteurs, les consommateurs et les terres agricoles.

5 Avoir une vraie volonté de santé publique à destination de notre jeunesse, au lieu de ne faire que des pis-aller, faute de courage politique et d’intérêts financiers.

6 Mais surtout individuelle, d’agir pour nous et pour nos enfants, de recuisiner, d’acheter des fruits et des légumes, de refaire des activités ludiques et physiques, de marcher, bouger, courir. D’utiliser notre discernement et notre pouvoir économique pour encourager les entreprises agroalimentaires vertueuses et les agriculteurs.

Auquel cas, nos enfants pourront nous accuser d’avoir été collectivement, lâche, ignorant, irresponsable, leur léguant un fardeau qu’ils auront à porter durant toute leur vie.

Chiffres : HAS, OMS, SS, INSERM

AUTEUR :

Manuel do O GOMES, responsable de formation chez Endat, structure pilote financée par les ARS ile de France, association intervenant dans la prise en charge des TCA, de l’obésité et du Diabète. Psychopraticien membre de la FF2P.