L’expatriation est un bouleversement familial qui génère forcément certaines inquiétudes pour les adultes et les enfants.
Comprendre les enjeux psychiques liés à l’expatriation permet d’anticiper les difficultés et de les gérer au mieux.

 

Aux préoccupations générées par un simple déménagement, (cf. art-déménagement) viennent s’ajouter des problématiques singulières propres au départ de son pays natal.
Quitter son pays natal, est un symbole fort, qui rappelle le départ du foyer familial.
Si cette indépendance est le plus souvent positive pour l’évolution de l’individu, elle s’accompagne toujours d’une angoisse de séparation et d’une tristesse, d’un certain deuil d’une position infantile si confortable et sécurisante.

Lorsqu’on vole de ses propres ailes, on se libère, on se valorise, mais on pense aussi beaucoup plus souvent à la chute.

Ainsi, s’expatrier est entendu par une part de notre psychisme comme « sauter sans filet voire sans parachute ! »
Cette dimension, qui concerne donc les adultes de la famille (parents) doit être travaillée.
Il est important dans toute aventure d’avoir un « back up », « une sortie de secours », bref un plan en cas de pépins !
Avoir le droit de se tromper, de décider, une fois là-bas, de rentrer, sont des options qui doivent être possibles dans le réel et dans votre psychisme !

Ceux qui partent avec la conviction qu’un retour serait un échec terrible, auront un stress et une pression supplémentaire au quotidien, qui générera une tension intra familiale immanquablement.

Je peux aller loin si je peux revenir, je peux courir vite si j’ai le droit de tomber…

Un parent inquiet, voire déprimé sera toujours l’élément le plus préoccupant pour un enfant, donc il est primordial que vous prépariez au mieux l’expatriation dans VOTRE tête, pour que vos enfants puissent bien la vivre !
Vous devez vous poser entre parents et discuter de vos angoisses à tous les deux, afin de les cerner et trouver les réponses qui vous apaiseront.

Les enfants se fient instinctivement à leurs parents pour jauger un évènement et calibrer leur réaction.
Ainsi, vos enfants seront symptômes de vos attitudes et propos, bref de votre façon de vivre l’expatriation.
Si vous allez bien, l’essentiel est fait !

Bien entendu, il existe quelques spécificités liées au psychisme infantile et donc quelques notions qu’il est bon d’avoir en tête.

1/ Pourquoi part- on ?
L’enfant a besoin de comprendre les raisons d’un tel départ, il est important de lui expliquer votre choix, et de lui dire que vous êtes décideur et non contraint, heureux et convaincu que ce départ sera porteur de très belles choses.

Si vous vous excusez de « déraciner » votre enfant, il pensera que vous êtes soumis, en mauvaise posture et que vous n’avez pas le choix. Bref, il s’angoissera pour lui et pour vous !
Acceptez qu’il vous en veuille et qu’il vous reproche votre « égoïsme », c’est plus sain.
Au fond, l’enfant vous connaît et sait bien à quel point il est central dans votre vie et vos décisions. Donc même s’il vous culpabilise en vous disant qu’il est malheureux de partir, il sait que vous pensez qu’il sera plus heureux là bas et cela le rassure fondamentalement.

2/ Un déracinement vraiment ?
Les racines d’un enfant ne sont pas les appartements, le quartier ou le pays natal.
Les véritables racines sont les parents et les liens familiaux. Ainsi, le « déracinement » de l’enfant est très relatif puisqu’il part avec ses parents ! S’il vit dans un autre pays avec des parents joyeux et disponibles, cela se passera rapidement bien. Cela est plus compliqué si un des parents devra travailler énormément, plus qu’avant. Effectivement, à ce moment là l’expatriation rimera avec perte affective et il la vivra mal.

Le lien aux grands parents lorsqu’ils sont très investis peut-être difficile à gérer, et les « Skype » et « séjours fréquents » sont les bienvenus.
Pour les relations amicales, la douleur infantile est nettement plus modérée qu’on ne l’imagine.
Les enfants se lient rapidement à de nouveaux camarades lorsqu’ils sont bien dans leurs baskets !

3/ La barrière de la langue
La langue est un problème pour l’enfant si elle gêne ses relations, ses apprentissages et l’empêche de s’exprimer et de se faire comprendre.
En pratique, un enfant scolarisé à l’étranger dans une école française pleine d’expatriés n’aura pas de difficultés supplémentaires à celles qu’il avait éventuellement dans son école d’origine.

Par contre, l’affaire est autrement plus complexe pour les enfants qui doivent intégrer la scolarité locale !
Certes les compétences des enfants sont grandes, et ils acquièrent le langage en immersion en quelques mois, mais ils connaitront obligatoirement des difficultés d’adaptation.
Ils auront besoin de beaucoup de soutien, d’être rassurés sur leurs performances scolaires (forcément mauvaises au début), et d’être énormément valorisés à chaque progrès, afin de supporter le temps d’adaptation.

Aidez les concrètement à se faire des copains, en invitant des enfants de l’école à la maison, en organisant des goûters, des sorties, afin qu’ils se lient dans la zone de confort qu’est la maison (ou votre proximité physique).

Enfin, il est fréquent que les enfants passent par quelques mois d’opposition, de rigidité exacerbée…bref ils sont plus tendus et sur la défensive !
Ne les prenez pas de front !
C’est une façon pour eux de se défendre contre leurs angoisses, notamment la sensation d’être faible et de perdre le contrôle.
En étant « durs », ils s’imaginent plus forts et se rassurent.
Il faut sortir des bras de fers stériles, les valoriser sans cesse, et dédramatiser les difficultés.
Ce n’est qu’une fois rassurés, qu’ils redeviendront souples et ouverts.

Bon voyage et que l’aventure soit belle !