Comprendre les relations au travail
Psychanalyse des enjeux affectifs entre collègues

Nous passons la majeure partie de notre vie « éveillée » au travail, il est donc naturel et inévitable d’investir la vie professionnelle avec intensité !

Cette « vie », ce « monde », revêt plusieurs aspects, plusieurs dimensions.
Parmi elles, la vie relationnelle avec nos collègues, monopolise régulièrement nos esprits, et une partie de notre énergie mentale.
Amitiés, rivalités, conflits, clashs, réconciliation, amour, trahison, tout peut se jouer…

On s’étonne souvent de l’impact sur notre moral des conflits avec nos collègues.
« Je devrais prendre du recul, ce ne sont que des gens du travail », « Ce n’est pas ma famille, il faut que je me calme » …
S’il est difficile d’être raisonnable et de prendre du recul sur les enjeux relationnels avec nos collègues, c’est qu’il s’y joue quelque chose de particulier, d’irrationnel.

Nous ne connaissons qu’un mode relationnel puissant, celui de la relation familiale !

L’enfant grandit au milieu de ses parents et de sa fratrie, et construit avec eux les modalités de sa vie relationnelle. En pratique, c’est sur le modèle de nos interactions à la maison avec nos parents et nos frères et sœurs que nous copions toutes les autres relations dans notre vie !

L’enfant investit sa maîtresse d’école comme une mère de substitution, la directrice comme un père sévère, les copains-copines comme des frères et sœurs tantôt aimés-complices tantôt détestés-rivaux…
Par exemple, les petits mordeurs à la crèche, attaquent férocement les autres enfants comme on attaque un frère lorsque maman s’en occupe trop.

De la même manière, nous investissons spontanément et inconsciemment nos collègues comme des frères et sœurs symboliques, nos patrons comme des parents dont on cherche l’attention et les félicitations, nos employés comme des gosses difficiles…

Lorsque nous sommes en conflit avec un collègue, il s’active en nous, et en lui, des émotions infantiles irrationnelles. Nous voici frère et sœur rivaux pour l’affection du parent-patron, jaloux des jouets ou de la chambre-bureau de l’autre…

Nous pouvons bien entendu contrôler ces émotions, mais plus le collègue est proche, investi affectivement, plus il est difficile de rester raisonnable et strictement professionnel.
Nous pouvons flamber pour une petite injustice, nous vexer d’une plus grande complicité entre deux collègues, être effondré par la remontrance d’un n+1…

Un autre exemple amusant est celui de la séduction qui s’opère régulièrement entre un patron et sa collaboratrice. Cette relation de séduction au travail se fait sur le modèle œdipien. Le supérieur est d’autant plus séduisant qu’il est en position paternelle, et que la collègue a gardé un fonctionnement infantile. En pratique, la petite fille tente de séduire le papa de façon chaste, en l’écoutant avec attention, en lui faisant de beaux dessins, lui ramenant de bonnes notes, et l’employée en fait de même avec son travail.
Mais, la réalité peut dépasser la fiction, le fantasme infantile, car le patron n’est pas le père, il peut donc être véritablement séduit et la collaboratrice n’est pas une petite fille, elle peut donc activer sa sexualité. La répétition de la relation œdipienne au père, crée les conditions favorisantes une affaire entre adultes !

 Lorsque vous êtes débordés par une relation ou un conflit au travail, demandez-vous ce qu’il se joue vraiment, et tentez d’interpréter vos réactions et celles de vos collègues à la lumière de ce mode d’investissement familial », cela pourra vous aider à mieux gérer et à vous apaiser.